{"id":1312,"date":"2023-01-12T19:14:17","date_gmt":"2023-01-12T18:14:17","guid":{"rendered":"https:\/\/wpchronocarto.gaillard.info\/2023\/01\/12\/de-condate-rennes-a-juliomagus-angers\/"},"modified":"2026-02-06T20:33:05","modified_gmt":"2026-02-06T19:33:05","slug":"de-condate-rennes-a-juliomagus-angers","status":"publish","type":"projet","link":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/projet\/de-condate-rennes-a-juliomagus-angers\/","title":{"rendered":"De Condate (Rennes)  \u00e0 Juliomagus (Angers)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>De Condate \u00e0 Juliomagus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019anciennet\u00e9 d\u2019une liaison routi\u00e8re entre Rennes\/Condate (Ille-et-Vilaine) et Angers\/Juliomagus (Maine-et-Loire) est attest\u00e9e par la table de Peutinger &#8211; une copie m\u00e9di\u00e9vale d\u2019une repr\u00e9sentation cartographique des r\u00e9seaux routiers de l\u2019Empire romain, sur laquelle son trac\u00e9 relie les deux chefs-lieux de cit\u00e9s gallo-romaines. Comme bien d\u2019autres, cette \u00ab voie romaine \u00bb n\u2019\u00e9chappe pas, au cours du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019engouement des soci\u00e9t\u00e9s savantes pour la d\u00e9termination du r\u00e9seau routier antique de la Gaule. Son trac\u00e9 sera finalement en grande partie observ\u00e9 par le magistrat rennais Alfred Ram\u00e9 \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un parcours \u00e0 cheval en 1863 ; il en dressera \u00e9galement les premi\u00e8res coupes.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis cette \u00e9poque, le dossier arch\u00e9ologique de cet itin\u00e9raire \u00e9tait retomb\u00e9 dans une certaine l\u00e9thargie, les auteurs successifs reprenant, sans nouvelle investigation, les donn\u00e9es d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablies. De plus, l\u2019\u00e9tat physique de la route tel qu\u2019il \u00e9tait perceptible \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9rablement d\u00e9grad\u00e9 par l\u2019am\u00e9nagement progressif du territoire et plus particuli\u00e8rement les travaux connexes des remembrements agricoles engag\u00e9s \u00e0 partir des ann\u00e9es 1960. Aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019elles ne sont pas masqu\u00e9es par les r\u00e9seaux routiers modernes ou grignot\u00e9es par l\u2019urbanisation, ses traces physiques ne sont plus conserv\u00e9es que sur une longueur cumul\u00e9e de 3 km dans les seuls massifs bois\u00e9s. Enfin, le regard a\u00e9rien et son pouvoir d\u2019analyse des marques laiss\u00e9es par la route ancienne ne peut s\u2019exercer que sur la seule part de l\u2019itin\u00e9raire concern\u00e9e par le domaine agricole, c\u2019est-\u00e0-dire environ une vingtaine de kms.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1995, la recherche arch\u00e9ologique moderne se r\u00e9approprie le sujet \u00e0 la faveur de la fouille pr\u00e9ventive d\u2019un ouvrage de franchissement de la Seiche par cette route \u00e0 Visseiche (Ille-et-Vilaine). Cette op\u00e9ration r\u00e9v\u00e8le une lev\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un pont dont l\u2019armature constitu\u00e9e de caissons de bois et dat\u00e9e par la dendrochronologie, atteste une construction mise en place d\u00e8s l\u2019\u00e2ge du Fer, elle-m\u00eame suivie de plusieurs r\u00e9fections effectu\u00e9es au d\u00e9but de la pr\u00e9sence romaine en Armorique.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sera le point de d\u00e9part \u00e0 de nouvelles investigations cibl\u00e9es, dans un premier temps, sur le monument routier puis \u00e9largies \u00e0 son environnement. La reconnaissance int\u00e9grale de son trac\u00e9, par le biais notamment de l\u2019arch\u00e9ologie a\u00e9rienne, ou la d\u00e9termination de nouveaux points de franchissement des cours d\u2019eau dans le cadre d\u2019une prospection th\u00e9matique, font partie des avanc\u00e9es importantes de la recherche au cours des ann\u00e9es 1995-2002. La cons\u00e9quence directe de la pr\u00e9cision de cette information sera la prise en compte syst\u00e9matique de cette r\u00e9alit\u00e9 patrimoniale dans les projets d\u2019am\u00e9nagements du territoire. De fait, les fouilles arch\u00e9ologiques suivantes vont confirmer la r\u00e9currence de certains modes de construction ou d\u00e9montrer la tr\u00e8s grande fixit\u00e9 spatiale de la route et son utilisation sur la longue dur\u00e9e, depuis l\u2019\u00e2ge du Bronze jusqu\u2019au Moyen-\u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<p>Le nombre consid\u00e9rable et la vari\u00e9t\u00e9 des donn\u00e9es, acquises sur une emprise fonci\u00e8re ou territoriale importante (105 kms de longueur totale correspondant \u00e0 celle de l\u2019itin\u00e9raire, pour 1 km de largeur d\u2019\u00e9tude centr\u00e9e sur la route) concernant partiellement deux r\u00e9gions (Bretagne et pays de la Loire) et trois d\u00e9partements (Ille-et-Vilaine, Mayenne et Maine-et- Loire), vont \u00eatre logiquement pass\u00e9es au crible d\u2019un SIG \u00ab syst\u00e8me d\u2019information g\u00e9ographique \u00bb. La trame du cadastre dit \u00ab napol\u00e9onien \u00bb, redessin\u00e9 et g\u00e9o-r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 pour l\u2019occasion, servira de support au report planim\u00e9trique des d\u00e9couvertes. Ce cadastre est en effet susceptible de fossiliser, non seulement l\u2019emprise fonci\u00e8re de la route mais aussi certaines formes paysag\u00e8res g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par la route elle-m\u00eame ou les habitats protohistoriques puis antiques ou m\u00e9di\u00e9vaux qui se sont succ\u00e9d\u00e9s le long de l\u2019itin\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ensemble des donn\u00e9es serviront dans le SIG \u00e0 mesurer non seulement, l\u2019adaptation du trac\u00e9 de la route aux conditions naturelles et \u00e0 certaines d\u00e9cisions d\u2019am\u00e9nagement mais aussi, la part revenant \u00e0 chacune des grandes p\u00e9riodes chronologiques \u00e9voqu\u00e9es, dans la constitution des paysages et des campagnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Par son amplitude spatiale ou la multiplicit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 des interventions arch\u00e9ologiques, cette approche pluridisciplinaire et multiscalaire de l\u2019itin\u00e9raire routier et de son environnement s\u2019affirme comme une \u00e9tude exemplaire et pionni\u00e8re en mati\u00e8re d\u2019\u00e9tude viaire ancienne.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full wp-image-1311\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"2560\" height=\"1703\" src=\"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-scaled.jpg\" alt=\"La voie antique \u00e0 Saint-Aignan-sur-Roe (Mayenne)\" class=\"wp-image-1311\" srcset=\"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-scaled.jpg 2560w, https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-1024x681.jpg 1024w, https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-768x511.jpg 768w, https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-1536x1022.jpg 1536w, https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-content\/uploads\/2023\/01\/saint-aignan-sur_roe_mayenne_cl__gilles_leroux_09_juin_2011-2048x1363.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 2560px) 100vw, 2560px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La voie antique \u00e0 Saint-Aignan-sur-Roe (Mayenne)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">LA BOISSIERE (Mayenne)<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Le trac\u00e9 dans la commune de la Boissi\u00e8re (Mayenne)<\/strong><br><iframe src=\"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/gcserver\/vcarte?code=3151\" width=\"100%\" height=\"550\" frameborder=\"0\"><\/iframe><br><a href=\"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/gcserver\/vcarte?code=3151\"> (Ouvrir la carte dans une nouvelle fen\u00eatre)<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Voie Rennes-Angers<br>Commune de la Boissi\u00e8re (Mayenne)<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019itin\u00e9raire et son environnement g\u00e9ographique<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans la travers\u00e9e du territoire de l\u2019actuelle commune de la Boissi\u00e8re (d\u00e9partement de la Mayenne), soit une distance de 2,7 km, l\u2019emprise fonci\u00e8re du trac\u00e9 de la voie antique est presque enti\u00e8rement reprise par la route moderne qui relie Renaz\u00e9 \u00e0 Ch\u00e2telais. Celle-ci emprunte l\u2019axe central d\u2019un plateau effil\u00e9, conjointement d\u00e9coup\u00e9 par la rivi\u00e8re Ch\u00e9ran vers le nord et le ruisseau de la Queille vers le sud.<br>L\u2019\u00e9troitesse de celui-ci (200m environ) forme une cr\u00eate servant de ligne de partage des eaux offrant certaines garanties sanitaires \u00e0 l\u2019itin\u00e9raire routier en lui \u00e9vitant notamment d\u2019emprunter des zones de mouill\u00e8res et le franchissement de certains petits ruisseaux. A l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 orientale de la commune, cette m\u00eame route moderne sert encore de limite communale et d\u00e9partementale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les traces physiques de la route (observations arch\u00e9ologiques)<\/h2>\n\n\n\n<p>Du fait de la r\u00e9appropriation presque int\u00e9grale de l\u2019emprise ancienne de l\u2019itin\u00e9raire par la route actuelle, les \u00e9l\u00e9ments architecturaux li\u00e9s \u00e0 la construction de la voie antique ou ses \u00e9tats ant\u00e9rieurs, n\u2019ont \u00e9t\u00e9 perceptibles qu\u2019\u00e0 la hauteur du lieu-dit la Guyonnais. A cet endroit, la route moderne lib\u00e8re sur son c\u00f4t\u00e9 nord et sur une distance de 620m, les deux bas-c\u00f4t\u00e9s encadrant la bande de roulement centrale de la voie antique. On notera aussi que le parcours antique s\u2019y infl\u00e9chit l\u00e9g\u00e8rement vers le sud, tout comme le fait encore aujourd\u2019hui la route moderne.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019attrait de l\u2019itin\u00e9raire sur les \u00e9tablissements riverains<\/h2>\n\n\n\n<p>Plusieurs enclos fossoy\u00e9s appartenant vraisemblablement aux p\u00e9riodes du second \u00e2ge du Fer et de l\u2019Antiquit\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 localis\u00e9s au contact de l\u2019axe routier, entre les lieux-dits de Saint-Christophe et du Bois Blin, sur le versant nord du plateau tourn\u00e9 vers la rivi\u00e8re Ch\u00e9ran. Ceux-ci, au nombre de 4, prennent place sur le seul bord septentrional de la route, dans la continuit\u00e9 d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne encore plus \u00e9vident dans la travers\u00e9e de la commune de Renaz\u00e9. Ce fait s\u2019explique par un espace peut-\u00eatre trop restreint sur le c\u00f4t\u00e9 sud de la route o\u00f9 sa bordure c\u00e8de tr\u00e8s rapidement la place \u00e0 une forte pente.<br>Deux autres enclos ont \u00e9t\u00e9 localis\u00e9s plus \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la route. Le premier correspond \u00e0 un enclos carr\u00e9 \u00e0 large foss\u00e9, vu partiellement, pouvant correspondre \u00e0 un \u00e9tablissement du second \u00e2ge du fer. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert \u00e0 proximit\u00e9 du lieu-dit la Rochette, \u00e0 300m au nord de la voie. Malgr\u00e9 ce relatif \u00e9loignement, celui-ci semble s\u2019inscrire dans la trame parcellaire moderne, tandis que son c\u00f4t\u00e9 sud est parall\u00e8le \u00e0 la voie. C\u2019est aussi le cas d\u2019un petit enclos carr\u00e9 de l\u2019\u00e2ge du Fer \u00e0 caract\u00e8re fun\u00e9raire, situ\u00e9 \u00e0 500m au nord de la voie et \u00e0 proximit\u00e9 du lieu-dit la Tr\u00e9gonni\u00e8re. Ce dernier est probablement \u00e0 mettre en relation avec un habitat protohistorique, localis\u00e9 en dehors de notre cadre d\u2019\u00e9tude, dont l\u2019activit\u00e9 \u00e9tait peut-\u00eatre tourn\u00e9e davantage vers la vall\u00e9e du Ch\u00e9ran.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em><br>Les \u00e9l\u00e9ments de voirie secondaire<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Un survol a\u00e9rien du 08 juin 2011 a permis de mettre au jour un autre \u00e9l\u00e9ment important de voirie ancienne \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 orientale de la commune. Celui-ci se d\u00e9veloppe sur un axe quasi perpendiculaire \u00e0 l\u2019itin\u00e9raire principal dont il rejoint ainsi le c\u00f4t\u00e9 nord. Cela a \u00e9t\u00e9 rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 un d\u00e9laiss\u00e9 partiel de cet autre chemin, au profit d\u2019un raccourci de parcours de l\u2019actuelle RD193 vers le bourg de Ch\u00e2telais. Il se compose d\u2019une s\u00e9rie de sections de foss\u00e9s parall\u00e8les, de gabarits diff\u00e9rents, se d\u00e9veloppant sur une longueur de 300m. De toute \u00e9vidence, ces \u00e9l\u00e9ments correspondent \u00e0 des marqueurs de limites d\u2019emprise routi\u00e8re et \u00e0 des couloirs de circulation. Les traces sont caract\u00e9ristiques des stigmates des parcours routiers protohistoriques et antiques. Leur multiplicit\u00e9 indique \u00e0 coup s\u00fbr des reprises de trac\u00e9 et sans doute aussi une fr\u00e9quentation sur le temps long. Cet amorce d\u2019itin\u00e9raire trouve des prolongements vers le nord, d\u2019abord avec sa reprise par les routes d\u00e9partementales actuelles 193 puis 229 mais \u00e9galement sous la forme d\u2019autres sections de chemins anciens r\u00e9pertori\u00e9s par l\u2019arch\u00e9ologie a\u00e9rienne. La force de ses traces nous incitent \u00e0 penser qu\u2019il a pu rejoindre, \u00e0 10 km vers le nord, un sanctuaire du second \u00e2ge du Fer et l\u2019agglom\u00e9ration antique dite des Provench\u00e8res, install\u00e9s dans une boucle de l\u2019Oudon, \u00e0 cheval sur les communes actuelles de Craon et ath\u00e9e, en Mayenne. Vers le sud, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 (?) la route principale, il trouve un prolongement sous la forme d\u2019un chemin moderne qui franchit le ruisseau de la Queille au sud du lieu-dit La Hongri\u00e8re et que l\u2019on suit sur au moins 1 km.<br>Un second \u00e9l\u00e9ment de voirie a \u00e9t\u00e9 localis\u00e9 au nord-ouest de la Guyonnais. Il est mat\u00e9rialis\u00e9 par deux foss\u00e9s parall\u00e8les \u00e9voluant sur une longueur de 300m et tendant \u00e0 rejoindre l\u2019itin\u00e9raire principal au point de son inflexion vers le sud. Son parcours sinueux n\u2019entre pas dans la trame parcellaire g\u00e9n\u00e9rale ; dans le d\u00e9tail n\u00e9anmoins, son prolongement vers le nord-ouest est ponctuellement valid\u00e9 par une limite parcellaire. Il dessert sans doute un \u00e9tablissement humain non encore reconnu vers le nord-ouest.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les h\u00e9ritages du cadastre napol\u00e9onien<\/h2>\n\n\n\n<p><em>La toponymie<\/em><br>La pr\u00e9sence d\u2019un lieu-dit \u00ab Saint-Christophe \u00bb au contact de la route ne constitue pas une surprise en soi puisqu\u2019il d\u00e9signe le saint chr\u00e9tien protecteur des voyageurs. Le toponyme, sans doute d\u2019origine m\u00e9di\u00e9vale, peut sugg\u00e9rer la pr\u00e9sence ant\u00e9rieure d\u2019un sanctuaire pr\u00e9romain ou romain. Ce sera la seule occurrence de ce type sur le trac\u00e9 global de l\u2019itin\u00e9raire.<br>Le lieu-dit de la \u00ab Boussardi\u00e8re \u00bb peut correspondre \u00e0 un d\u00e9riv\u00e9 m\u00e9di\u00e9val de \u00ab buxus \u00bb indiquant la pr\u00e9sence de buis, dont on sait la r\u00e9currence dans la d\u00e9tection de la pr\u00e9sence des domaines antiques.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019emprise fonci\u00e8re de la route\u2026<\/em><br>Le report physique de la route moderne sur l\u2019itin\u00e9raire antique rend difficile l\u2019\u00e9valuation du legs de ce dernier sur la trame du cadastre napol\u00e9onien. Toutefois, on peut consid\u00e9rer avec int\u00e9r\u00eat une s\u00e9rie de petites parcelles longilignes, situ\u00e9es directement \u00e0 l\u2019ouest du Bois Blin et contre le c\u00f4t\u00e9 m\u00e9ridional de la route moderne, pour lesquelles nous ne trouvons pas d\u2019autres explications de la pr\u00e9sence que celle de conserver la largeur et la limite m\u00e9ridionale de l\u2019emprise fonci\u00e8re originelle appartenant \u00e0 un monument routier plus massif que la route moderne elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire la voie antique.<br>L\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus probant d\u2019une certaine fossilisation de la voie et de son emprise fonci\u00e8re correspond \u00e0 une sorte de d\u00e9doublement de la route moderne prenant corps sur une longueur de 400m, entre les lieux-dits la Guyonnais et la Boussardi\u00e8re. Ces deux routes \u00e9voluent parall\u00e8lement en m\u00e9nageant un espace de pr\u00e8s de 50m de large, autrefois r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019emprise de la voie antique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises tout au long de l\u2019itin\u00e9raire, \u00e0 tel point que nous le consid\u00e9rons comme un aboutissement d\u2019une morphog\u00e9n\u00e8se impliquant des \u00e9l\u00e9ments viaires successifs mais d\u2019importance in\u00e9gale, o\u00f9 la pr\u00e9\u00e9minence (physique et juridique) de la voie antique s\u2019impose encore \u00e0 l\u2019occasion des refontes viaires ult\u00e9rieures. Un cas instructif de ce ph\u00e9nom\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 en 1995 \u00e0 Visseiche (Ille-et-Vilaine), la Basse-Chauss\u00e9e (Leroux et al., 2002), endroit o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9 que les chemins parall\u00e8les encadraient pr\u00e9cis\u00e9ment les vestiges de l\u2019ouvrage charpent\u00e9 d\u2019une lev\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 un pont.<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019organisation des paysages bordant la route<\/em><br>A premi\u00e8re vue, la trame parcellaire du cadastre napol\u00e9onien s\u2019appuie sur la ligne droite de la route moderne, perp\u00e9tuant elle-m\u00eame l\u2019itin\u00e9raire ancien. Cela se traduit par un d\u00e9coupage spatial orthogonal, mat\u00e9rialis\u00e9 aussi bien par des limites de parcelles que des chemins secondaires \u00e0 vocation agricole pour la plupart. Logiquement, le c\u00f4t\u00e9 nord de la route, correspondant aux surfaces planes les plus \u00e9tendues, voit le plus large d\u00e9veloppement de cette organisation. Il se trouve aussi que ce parcellaire appara\u00eet tr\u00e8s organis\u00e9 avec, par exemple, des points d\u2019amorce de petits chemins perpendiculaires \u00e0 l\u2019axe de circulation principal, qui s\u2019encha\u00eenent tous les 180m sur le rebord nord de la route. Six d\u2019entre eux ont ainsi \u00e9t\u00e9 d\u00e9nombr\u00e9s entre le Bois Blin et la Guyonnais.<br>La question qui se pose alors, c\u2019est de savoir si cette r\u00e9p\u00e9tition appartient \u00e0 un d\u00e9coupage spatial relativement moderne et de peu ant\u00e9rieur \u00e0 la lev\u00e9e de ce cadastre ou bien si cette trame parcellaire peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un conservatoire de formes paysag\u00e8res et d\u2019un d\u00e9coupage foncier beaucoup plus ancien, en lien donc avec des \u00e9tats \u00e9galement anciens de l\u2019itin\u00e9raire.<br>Plusieurs indices laissent penser que la deuxi\u00e8me option ne doit pas \u00eatre n\u00e9glig\u00e9e. Les plus \u00e9vidents d\u2019entre eux correspondent \u00e0 des enclos fossoy\u00e9s, a priori gaulois ou romains, qui sont imbriqu\u00e9s dans cette trame. De l\u2019ouest vers l\u2019est, nous trouvons successivement l\u2019enclos quadrangulaire, vu partiellement, de la Haute Bergerie, l\u2019ensemble d\u2019enclos embo\u00eet\u00e9s quadrangulaires de Saint-Christophe, l\u2019enclos rectangulaire, \u00e9galement vu partiellement, au nord du Bois Blin, ainsi que l\u2019enclos carr\u00e9 (?) de la Rochette. Ces quatre \u00e9tablissements dont la nature exacte reste difficile \u00e0 pr\u00e9ciser en l\u2019absence d\u2019investigation de terrain, poss\u00e8dent des orientations communes \u00e0 celles de la trame parcellaire moderne. Le cas le plus remarquable correspond \u00e0 l\u2019enclos de Saint-Christophe. Celui-ci ne se contente pas, en effet, de montrer des orientations de foss\u00e9s parfaitement isoclines avec celle du parcellaire ; il se d\u00e9veloppe de surcro\u00eet au sein d\u2019une unique parcelle, elle-m\u00eame proche du plan carr\u00e9, et en \u00e9pouse les limites septentrionale et orientale. Il vient de ce fait valider l\u2019anciennet\u00e9 de certaines lignes de la trame. En effet, si l\u2019on se fie \u00e0 sa morphologie g\u00e9n\u00e9rale dont l\u2019embo\u00eetement d\u2019une cellule r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019habitat est caract\u00e9ristique de nombreux \u00e9tablissements du second \u00e2ge du Fer, on peut penser que le contour de la parcelle a \u00e9t\u00e9 trac\u00e9 alors que l\u2019enclos lui-m\u00eame, ou au moins certains de ses foss\u00e9s ou talus, \u00e9taient encore physiquement visibles, c\u2019est-\u00e0-dire non totalement effac\u00e9s par l\u2019\u00e9rosion et qu\u2019ils servi de points d\u2019appui \u00e0 une refonte fonci\u00e8re.<br>Comme souvent en pareil cas, notre raisonnement vient achopper sur les lacunes de la chronologie. La d\u00e9termination \u00e9ventuelle d\u2019unit\u00e9s de mesure anciennes, telles que la lieue gauloise ou le mille romain, et de leurs sous-multiples, appliqu\u00e9es lors de la mise en place de la trame parcellaire \u00ab moderne \u00bb, pourrait apporter des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse satisfaisants.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"\n<p>Auteurs : Gilles Leroux (INRAP), Christophe Batardy (AOROC)<br \/>\n(Avec la collaboration de Thierry Lhoro (MCC))<\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":1311,"template":"","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"tags":[145,175,170],"langue":[],"type-de-publication":[15],"class_list":["post-1312","projet","type-projet","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","tag-aoroc-umr8546-cnrs-ens","tag-inrap-institut-national-darcheologie-preventive","tag-ministere-de-la-culture-france","type-de-publication-cartographie-moyenne-echelle"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/projet\/1312","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/projet"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/types\/projet"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/users\/19"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/projet\/1312\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2414,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/projet\/1312\/revisions\/2414"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1311"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1312"}],"wp:term":[{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1312"},{"taxonomy":"langue","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/langue?post=1312"},{"taxonomy":"type-de-publication","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/wp-json\/wp\/v2\/type-de-publication?post=1312"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}