{"id":1235,"date":"2020-11-28T20:38:05","date_gmt":"2020-11-28T19:38:05","guid":{"rendered":"https:\/\/wpchronocarto.gaillard.info\/2020\/11\/28\/ulpiana-iustiniana-secunda-kosovo\/"},"modified":"2026-02-07T08:51:49","modified_gmt":"2026-02-07T07:51:49","slug":"ulpiana-iustiniana-secunda-kosovo","status":"publish","type":"projet","link":"https:\/\/www.chronocarto.ens.fr\/wpchrono\/projet\/ulpiana-iustiniana-secunda-kosovo\/","title":{"rendered":"Ulpiana \/ Iustiniana secunda (Kosovo)"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Porteurs du projet :<\/strong><br>&#8211; <a href=\"http:\/\/archeo.ens.fr\/Goddard-Christophe-J.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\">Christophe J. Goddard (CNRS, AOROC)<\/a>,<br>&#8211; <a href=\"http:\/\/archeo.ens.fr\/Dabas-Michel.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\">Michel Dabas (CNRS, AOROC)<\/a>,<br>&#8211; Milot Berisha (Institut arch\u00e9ologique du Kosovo),<br>&#8211; Arben Hajdari (Universit\u00e9 de Prishtina),<br>&#8211; Marco Maiuro (Universit\u00e0 Roma 1 &#8211; La Sapienza).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Auteurs des cartes :<\/strong><br>&#8211; M. Dabas (AOROC),<br>&#8211; Christophe J. Goddard (AOROC),<br>&#8211; V. Bernollin (AOROC),<br>&#8211; F. Berisha (U. Prishtina).<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Partenaire institutionnels :<\/strong><br>&#8211; <a href=\"https:\/\/eeas.europa.eu\/delegations\/kosovo_en\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\">European Union Office in Kosovo<\/a>,<br>&#8211; <a href=\"https:\/\/www.diplomatie.gouv.fr\/fr\/politique-etrangere-de-la-france\/diplomatie-scientifique-et-universitaire\/l-archeologie-et-la-protection-du-patrimoine\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer nofollow\">Minist\u00e8re de Affaires \u00e9trang\u00e8res et europ\u00e9ennes<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2017, la mission s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une coop\u00e9ration scientifique et universitaire entre AOROC (CNRS- PSL\/ENS, EPHE), l\u2019universit\u00e9 de Prishtina, le minist\u00e8re de la culture, de la jeunesse et des sports du Kosovo, son Institut arch\u00e9ologique du Kosovo, coop\u00e9ration \u00e9tendue en 2019 \u00e0 l\u2019entreprise G\u00e9ocarta et en 2020 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Roma 1 -La Sapienza.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le site<\/h2>\n\n\n\n<p>Le nom de la cit\u00e9, Ulpiana, laisse bien \u00e9videmment entendre que sa fondation \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 Trajan, le conqu\u00e9rant de la Dacie voisine (106 apr\u00e8s J.-C.). La cit\u00e9 est mentionn\u00e9e par le g\u00e9ographe Ptol\u00e9m\u00e9e (III, 9, 6). Deux d\u00e9dicaces (AE, 1903, 285 ; 284) pr\u00e9cisent qu\u2019elle jouissait au IIe si\u00e8cle du statut de municipe.<br>On remarquera que l\u2019empereur ne lui offrit pas le statut sup\u00e9rieur de colonie romaine \u00e0 la diff\u00e9rence de sa cons\u0153ur septentrionale de Dacie, la colonia Ulpia Traiana Augusta Dacica Sarmizegetusa (cf. AE, 1913, 55 ; 1931, 122 ; 124). Le statut municipal et non colonial signalait-il la pr\u00e9sence d\u2019une entit\u00e9 urbaine ant\u00e9rieure qui n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 que romanis\u00e9e par Trajan ? Seules de nouvelles d\u00e9dicaces et de nouvelles fouilles interrogeant les premi\u00e8res phases de l\u2019arch\u00e9ologie du site pourront nous apporter une r\u00e9ponse. L\u2019on remarque tout de m\u00eame que la zone a \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quent\u00e9e depuis l\u2019\u00e2ge du bronze, comme en t\u00e9moignent une s\u00e9rie de s\u00e9pultures des XIe et Xe si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C.. Les fouilles franco-kosovares plac\u00e9es, entre 2006 et 2010, sous la direction de J.-L. Lamboley (U Lyon 2), E. Shukkriu (U. Prishtina) et A. Hadjari (U. Prishtina), confirment, en tous les cas, qu\u2019il fallut attendre le IIe si\u00e8cle pr\u00e8s J.-C., pour constater un r\u00e9el d\u00e9veloppement de son tissu urbain. Retour ligne manuel<\/p>\n\n\n\n<p>La cit\u00e9 fut durant le Haut-Empire le lieu de r\u00e9sidence d\u2019un procurateur de M\u00e9sie Sup\u00e9rieure, avant de devenir l\u2019un des cit\u00e9s les plus importantes de la toute nouvelle province cr\u00e9\u00e9e par Diocl\u00e9tien, la Dardanie. Cette derni\u00e8re correspondait \u00e0 la portion sud-orientale de l\u2019ancienne province de M\u00e9sie Sup\u00e9rieure. Il n\u2019est pas inutile de rappeler que l\u2019empereur Constantin lui-m\u00eame vit le jour dans la capitale de la Dardanie \u00e0 Naissus (Ni\u0161). Cela suppose donc que s\u2019\u00e9tait constitu\u00e9e sur place une \u00e9lite locale riche et puissante, comme le montre tr\u00e8s clairement sur une d\u00e9dicace d\u2019Ulpiana (AE 1981, 731) la pr\u00e9sence d\u2019un ex protectoribus diuini lateris, officier de la garde imp\u00e9riale, centurion ou tribun qui se trouvait aux c\u00f4t\u00e9s (lateris) de l\u2019empereur (diuini). N\u2019oublions pas que c\u2019\u00e9tait le rang qu\u2019occupait tr\u00e8s vraisemblablement durant la m\u00eame p\u00e9riode, le futur empereur Constance Chlore, p\u00e8re de Constantin (sur les premiers \u00e9l\u00e9ments de sa carri\u00e8re, voir Anon. Val., I, 2 ; PLRE, I, 1979, 228 ; sur le lieu de naissance de Constantin : Aur. Vict., Caes., 40, 3-4 ; Epit., 41, 2 ; Anon Val. II, 2 ; Zos., II, 8.2-9.1-2 ; Amb., de ob. Theod., 42 ; Hier., Chron., a. 327 ; Firm., Math., I, 10, 16 ; Zon., XIII, 1). L\u2019on imagine bien \u00e9videmment que comme toute aristocratie provinciale, elle a d\u00fb investir sur place des sommes consid\u00e9rables et \u00e9lever des monuments publics d\u2019une certaine importance, qu\u2019il nous reste \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La cit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 aussi implant\u00e9e non loin de mines de cuivre qui furent exploit\u00e9es pendant toute la dur\u00e9e de l\u2019\u00e9poque imp\u00e9riale dans la vall\u00e9e de la Sitnica (FIG. 2). Un atelier mon\u00e9taire y fut d\u2019ailleurs install\u00e9 d\u00e8s le r\u00e8gne de Trajan, comme le montre l\u2019existence d\u2019une s\u00e9rie de pi\u00e8ces portant au revers la mention Metalla Ulpiana (RIC 706). Il conserva sa fonction jusque dans l\u2019Antiquit\u00e9 tardive, comme le signale la d\u00e9couverte sur le site de moules mon\u00e9taires d\u2019Aur\u00e9lien (270-275 apr\u00e8s J.-C.) et de Constantin (312-337 apr\u00e8s J.-C.). Il semble avoir \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 au Haut-Empire sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un proc(urator) mm(etalorum) DD(ardanicorum) (ILJug. 501, 503 : So\u010danica ; Dusanic, 1977, 72 ; 87 ; cf. Hirst, 2010, 58 ; 65 sq.).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019absence de fouilles, du moins jusqu\u2019en 1953, a longtemps r\u00e9duit l\u2019histoire de la cit\u00e9 \u00e0 quelques mentions litt\u00e9raires et \u00e9pigraphiques. On conna\u00eet mal ses derniers si\u00e8cles d\u2019existence. Tout juste sait-on que l\u2019\u00e9v\u00eaque de la cit\u00e9, Macedonius, \u00e9margea sur la liste des clercs ayant particip\u00e9 au concile de Serica en 343 apr\u00e8s J.-C. L\u2019on mesure encore mal l\u2019extension des dommages dont la cit\u00e9 a souffert lors du passage des troupes gothes du d\u00e9but Ve si\u00e8cle, des Huns lors de leurs incursions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es dans la r\u00e9gion entre 441 et 450 apr\u00e8s J.-C. (Priscus, 78, 248). La cit\u00e9 subit-elle les assauts des soldats de Th\u00e9odoric qui venaient de ravager Naissus en 471 apr\u00e8s J.-C.? Nous l\u2019ignorons pour l\u2019heure. Nous savons que la r\u00e9gion fut frapp\u00e9e par un tremblement de terre en 518 apr\u00e8s J.-C. (comte Marcellin, Chroniques, XI), mais sans pouvoir dire \u00e0 quel point la cit\u00e9 fut affect\u00e9e. Tout juste apprend-on par Procope que Justinien, qui \u00e9tait, lui aussi, originaire de Dardanie (il \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Tarausium, l\u2019actuelle Gradi\u0161te, \u00e0 une vingtaine de km au sud de Skopje en Mac\u00e9doine) voulut restaurer la cit\u00e9. Il fit r\u00e9aliser un certain nombre de constructions dans la cit\u00e9, qui connut une nouvelle d\u00e9dicace et prit le nom d\u2019Iustiniana Secunda (Procope, de Aed., IV, 28-29).<\/p>\n\n\n\n<p>Les historiens ont longtemps imagin\u00e9 que les attaques des Avars et des Slaves du VIIe si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C avaient port\u00e9 le coup de gr\u00e2ce \u00e0 la cit\u00e9, la vidant totalement de sa population et la condamnant \u00e0 une disparition rapide. La premi\u00e8re campagne que avons men\u00e9e sur le site en juillet 2018 remet en cause cette lecture pour le moins simpliste de la fin d\u2019une cit\u00e9 qui eut, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence une histoire beaucoup plus longue et mouvement\u00e9e que nous le pensions. Notre rapport \u00e9tablit que l\u2019on a n\u00e9glig\u00e9 toute une s\u00e9rie d\u2019inondations que semble avoir connu le site au cours du VIe et VIIe si\u00e8cles, sans pousser les habitants de la cit\u00e9 \u00e0 l\u2019abandonner pour autant.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c9tat de l\u2019art<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce sont les fouilles d\u2019E. \u0106er\u0161kovi et Lj. Popovi\u0107 entre 1954 et 1959, qui ont permis de localiser l\u2019antique cit\u00e9 d\u2019Ulpiana pr\u00e8s de l\u2019actuelle ville de Gra\u010danica. Ces premi\u00e8res investigations arch\u00e9ologiques sont rest\u00e9es limit\u00e9es au secteur septentrional de la capitale mur\u00e9e de la cit\u00e9 et \u00e0 une n\u00e9cropole qui longe la rivi\u00e8re \u00e0 deux cents m\u00e8tres au nord de ses murs. Elles n\u2019ont \u00e9t\u00e9 reprises qu\u2019en 1978 par S. Fidanovski, qui les poursuivit en 1981-1987, tout en restant concentr\u00e9es sur cette m\u00eame zone septentrionale. Si l\u2019on excepte une intervention de sauvetage de 1996, il a fallu attendre 2006 pour qu\u2019elles reprennent sous la direction de J.-L. Lamboley (U Lyon 2), E. Shukkriu (U. Prishtina) et A. Hadjari (U. Prishtina), co-directeur de notre projet. Elles se sont poursuivies \u00e0 une centaine de m\u00e8tres au sud-ouest sous la direction d\u2019H. \u00c7etinkaya (Mimar Sinan University) entre 2010-2016. Parall\u00e8lement entre 2008 et 2012, F.Teichner et F L\u00fcth, sous l\u2019\u00e9gide du Deutsche Arch\u00e4ologische Institut (Francfort) ont men\u00e9 une prospection g\u00e9ophysique couvrant pr\u00e8s de 44 ha, accompagn\u00e9e par deux sondages de contr\u00f4le r\u00e9alis\u00e9s \u00e0 une vingtaine de m\u00e8tres au nord de l\u2019enceinte du municipe et sur le secteur m\u00e9ridional de l\u2019enceinte du second noyau urbain souvent pr\u00e9sent\u00e9 (\u00e0 tort) comme un castrum. M. Berisha (Institut Arch\u00e9ologique du Kosovo) et co-directeur de notre projet, a conduit en 2014 une s\u00e9rie de sondages visant \u00e0 d\u00e9gager une large portion de l\u2019ancien cardo maximus qui longeait l\u2019\u00e9glise fortifi\u00e9e d\u00e9couverte en 1959. Si ces cinq enqu\u00eates arch\u00e9ologiques se sont concentr\u00e9es sur la portion septentrionale du centre urbain de la cit\u00e9, elles ont permis de recueillir des donn\u00e9es importantes. Pour autant, pour s\u2019en tenir \u00e0 un simple chiffre, moins de 2% de ce premier quadrilat\u00e8re urbain a fait l\u2019objet d\u2019une fouille ou d\u2019un sondage jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Et les diff\u00e9rentes recherches arch\u00e9ologiques qui se sont succ\u00e9d\u00e9es sont rarement descendues au dessous des niveaux de construction et de circulation des IVe-VIIe si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C. Elles n\u2019ont offert jusqu\u2019aux travaux de J.-L. Lamboley, d\u2019E. Shukkriu et A. Hadjari, qu\u2019une id\u00e9e floue de l\u2019\u00e9volution de la cit\u00e9 dans ses derniers si\u00e8cles en l\u2019absence de toute donn\u00e9e c\u00e9ramologique et stratigraphique pr\u00e9cise.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019ici n\u2019ont donc \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s et fouill\u00e9s qu\u2019un nombre limit\u00e9 de b\u00e2timents concentr\u00e9s au nord du chef lieu de la cit\u00e9. La plupart des b\u00e2timents qui ont \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9s et fouill\u00e9s se situent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019enceinte mur\u00e9e, un quadrilat\u00e8re ponctu\u00e9 de tours semi-circulaires, dont les quatre portes semblent se trouver aux quatre points cardinaux. Une seconde enceinte de m\u00eame profil et situ\u00e9e \u00e0 une centaine de m\u00e8tres \u00e0 l\u2019est de la premi\u00e8re, a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 un camp militaire auquel semblent faire r\u00e9f\u00e9rence nos sources litt\u00e9raires.<\/p>\n\n\n\n<p>A une centaine de m\u00e8tres de la porte nord et le long du cardo maximus, un <strong>temple \u00e0 cour<\/strong> de taille moyenne (11.50 x 7.50 m), bord\u00e9 par un portique a c\u00e9d\u00e9 la place durant l\u2019Antiquit\u00e9 tardive \u00e0 une \u00e9glise de plan basilical en T (14 x 34 m), qui finit par recevoir une enceinte dot\u00e9e de tours circulaires coupant en deux le trac\u00e9 de l\u2019ancien cardo maximus (60 x 70 m). On a parfois pr\u00e9tendu que le temple \u00e9tait d\u00e9di\u00e9e \u00e0 S\u00e9rapis, en se basant \u00e0 tort sur un fragment d\u2019inscription fun\u00e9raire, par confusion entre le nom d\u2019un d\u00e9dicant d\u00e9clin\u00e9 au nominatif et de celui d\u2019un dieu (Parovi\u0107-Pe\u0161ikan 1983, p. 47 n\u00b0 50). La chronologie pr\u00e9cise de ces diff\u00e9rentes constructions n\u2019a pu \u00eatre propos\u00e9e (pour ses phases tardo-antiques) que gr\u00e2ce \u00e0 la reprise d\u2019un mission arch\u00e9ologique franco-kosovare sur le site et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019analyse pr\u00e9cise et compl\u00e8te du mat\u00e9riel c\u00e9ramique invent\u00e9 depuis 2006 et lors de notre propre campagne de juillet 2017.<\/p>\n\n\n\n<p>A une centaine de m\u00e8tres plus au sud, \u00e0 l\u2019ouest du cardo, a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par une \u00e9quipe turque de l\u2019Universit\u00e9 Mimar Sinan, men\u00e9e par H. \u00c7etinkaya, un <strong>baptist\u00e8re de forme octogonale<\/strong> (de 13 m. de diam\u00e8tre) en 2012 et \u00e0 5 m. imm\u00e9diatement au nord de cette derni\u00e8re, <strong>une seconde basilique adjacente, \u00e0 trois nefs<\/strong>, dot\u00e9e d\u2019un narthex \u00e0 l\u2019ouest et d\u2019une large abside orientale (de 8 x 5,5 m., qui pr\u00e9sente encore au sol les points de fixation de sa barri\u00e8re de chancel). Elle \u00e9tait d\u2019une taille imposante (20 x 40 m) entre 2013-2015. Cette fouille n\u2019a malheureusement pas adopt\u00e9 de d\u00e9marche stratigraphique, tout en \u00e9tant d\u00e9pourvue de c\u00e9ramologue. L\u2019arch\u00e9ologue truc imagine qu\u2019elle fut \u00e9rig\u00e9e d\u00e8s le IVe si\u00e8cle, avant d\u2019\u00eatre reconstruite et \u00e9tendue un si\u00e8cle plus tard en se fondant uniquement sur des crit\u00e8res esth\u00e9tiques \u00f4 combien fragiles, alors que les fonctions de l\u2019un des personnages mentionn\u00e9s sur certaines des mosa\u00efques de la basilique ne peuvent \u00eatre que post\u00e9rieures au dernier tiers du Ve si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C. (un comte de la cit\u00e9 pris pour un comte militaire par \u00c7etinkaya, 2016b, p. 42). Rien ne permet d\u2019affirmer, en outre, que la basilique ait \u00e9t\u00e9 forc\u00e9ment \u00e9lev\u00e9e au-dessus d\u2019une \u00e9glise plus ancienne. On remarquera d\u2019ailleurs que la structure inf\u00e9rieure, aras\u00e9e, \u00e9tait de dimension l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieure (de 2 m. au sud \u00e0 2,10 m. au nord) \u00e0 l\u2019\u00e9glise. On n\u2019oubliera pas, en effet, que nombre de basiliques furent install\u00e9es dans les salles de r\u00e9ception de forme basilicale des maisons urbaines ou suburbaines \u00e0 l\u2019\u00e9poque tardive. Les inscriptions sur son pavement de mosa\u00efque \u00e9num\u00e8rent certains donateurs, mais ne pr\u00e9cisent pas la d\u00e9dicace religieuse de l\u2019ensemble. L\u2019on ne gardera rapporter a priori l\u2019\u00e9difice aux saints locaux Florus et Laurus (contra \u00c7etinkaya, 2016a, p. 374). Ses dimensions et la pr\u00e9sence d\u2019un baptist\u00e8re donnent bien \u00e9videmment une certaine id\u00e9e de son importance.<\/p>\n\n\n\n<p>Au nord des remparts de la cit\u00e9, deux cents m\u00e8tres hors des remparts, ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts d\u00e8s 1956 une n\u00e9cropole et une basilique toujours de destination inconnue. Plus r\u00e9cemment deux sondages de v\u00e9rification des prospections g\u00e9ophysiques de F. Teichner et F L\u00fcth ont mis au jour un four de potier situ\u00e9 au nord-est des portes septentrionales.<\/p>\n\n\n\n<p>Un second quadrilat\u00e8re fortifi\u00e9, situ\u00e9 \u00e0 l\u2019est du pr\u00e9c\u00e9dent, de 9 ha de superficie environ, pourvu lui aussi d\u2019une enceinte, n\u2019a fait l\u2019objet que d\u2019un relev\u00e9 en 1956 des tours alors encore visibles et d\u2019un sondage de v\u00e9rification de son trac\u00e9 m\u00e9ridional en 2008-2012 par F. Teichner (2015) et F L\u00fcth qui ont fouill\u00e9 le quart de l\u2019une des tours semi-circulaire que l\u2019on trouve le long de ses murs. On doit noter une \u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale de la topographie de cet ensemble, situ\u00e9e \u00e0 1 m. environ au niveau de circulation du IVe si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C. du centre intra-mural du municipe de Trajan. Cette donn\u00e9e fondamentale pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat tout particulier pour comprendre l\u2019\u00e9volution des d\u00e9fis que pose la topographie de la cit\u00e9 au d\u00e9veloppement de son urbanisme. Nous y reviendrons.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019essentiel des monuments publics propres \u00e0 toute cit\u00e9 romaine, son forum, un th\u00e9\u00e2tre, un amphith\u00e9\u00e2tre, des thermes, ses temples, restent \u00e0 d\u00e9couvrir. Certains sont visibles sur des photographies a\u00e9riennes anciennes ainsi que sur des relev\u00e9s g\u00e9ophysiques r\u00e9alis\u00e9s par le Deutsches Arch\u00e4ologisches Institut. Cette situation d\u2019un point de vue arch\u00e9ologique est exceptionnelle. Elle promet d\u2019\u00eatre en mesure de suivre l\u2019\u00e9volution d\u2019une cit\u00e9 romaine sur le temps long et de pouvoir suivre, gr\u00e2ce aux m\u00e9thodes arch\u00e9ologiques les plus r\u00e9centes, ses derni\u00e8res ann\u00e9es durant l\u2019Antiquit\u00e9 tardive (IVe-VIe si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C.) et son abandon au Moyen Age, puisque l\u2019essentiel de centre urbain de la cit\u00e9 reste vierge d\u2019un point de vue arch\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Probl\u00e9matique : de la cite antique a la ville m\u00e9di\u00e9vale, des temples aux \u00e9glises.<\/h2>\n\n\n\n<p>Si notre connaissance de la transition entre l\u2019Antiquit\u00e9 tardive et le Haut Moyen Age a fait des progr\u00e8s significatifs depuis la publication des monographies de C. Lepelley (1979-1981, suivi par W. Liebesschuetz 2001), cela tient largement au <strong>recentrement scientifique sur la question de la cit\u00e9 entre les IVe et VIIe si\u00e8cles apr\u00e8s J.-C.<\/strong> et au d\u00e9veloppement de la recherche arch\u00e9ologique. L\u2019enjeu est de taille car le passage de la cit\u00e9 antique, y compris sous sa forme tardive, \u00e0 la ville m\u00e9di\u00e9vale, constitua un v\u00e9ritable r\u00e9volution tant que le plan urbanistique que sur le plan politique et culturel. Il s\u2019agit tout d\u2019abord de l\u2019abandon d\u2019un mod\u00e8le d\u2019organisation politique, la cit\u00e9-\u00c9tat, qui ne se r\u00e9duisait pas \u00e0 une simple ville. D\u2019un point de vue g\u00e9ographique, la cit\u00e9 comprenait un centre urbain principal, son chef-lieu, des agglom\u00e9rations secondaires et un territoire assez vaste. Ainsi, jusqu\u2019en 369-375, Grenoble (qui devint alors Gratianopolis) \u00e9tait-elle l\u2019agglom\u00e9ration secondaire de la cit\u00e9 des Allobroges, dont la capitale \u00e9tait Vienne. Ainsi suivre l\u2019\u00e9volution du tissu urbain des cit\u00e9s et la pr\u00e9sence ou la disparition de certains \u00e9difices symboliques, politiques (forum, curie, enceinte), religieux (temples, \u00e9glises) ou festifs (th\u00e9\u00e2tre, amphith\u00e9\u00e2tres) nous permet de suivre l\u2019attachement de certaines communaut\u00e9s du Haut Moyen Age \u00e0 une culture urbaine h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019Antiquit\u00e9. Il est malheureusement souvent difficile de le faire, car les assises arch\u00e9ologiques de ce champ de recherche restent fragiles. Notre int\u00e9r\u00eat pour cette \u00e9poque de transfert culturel est venu trop tard en quelque sorte (Goddard et alii 2006 ; \u00e0 para\u00eetre). La plupart des grands sites italiens, (nord) africains, grecs ou orientaux (turcs, syriens ou \u00e9gyptiens) ont souvent \u00e9t\u00e9 explor\u00e9s \u00e0 une date ancienne, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on s\u2019int\u00e9ressait davantage \u00e0 la fondation des cit\u00e9s, \u00e0 l\u2019\u00e9dification de ses b\u00e2timents publics, qu\u2019\u00e0 leur destruction, \u00e0 leur abandon ou \u00e0 leurs transformations m\u00e9di\u00e9vales. Au fil des interventions arch\u00e9ologiques qui se sont multipli\u00e9es au XIXe et dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cles, nombre de sites ont ainsi vu leurs couches tardo-antiques et m\u00e9di\u00e9vales d\u00e9truites, leur mat\u00e9riel dispers\u00e9 ou conserv\u00e9 hors du contexte de leur d\u00e9couverte. Il r\u00e8gne donc souvent un certain flou sur ces si\u00e8cles pourtant si importants. Il faut dire que jusqu\u2019en 1972 et les travaux de J. Hayes, nous ne disposions pas non plus de typologie du mat\u00e9riel c\u00e9ramique et donc d\u2019indicateurs permettant de fixer la chronologie de cette transition urbanistique et culturelle. Que sont devenues au VIe et VIIe si\u00e8cles les cit\u00e9s non seulement nous l\u2019ignorons souvent, mais pour un grand nombre d\u2019entre elles, nous ne le saurons sans doute jamais, en particulier pour leur centre urbain. Les fouilles extensives qui y ont eu lieu nous interdisent de le comprendre. Bien-entendu, il est toujours possible d\u2019isoler \u00e7a et l\u00e0 des secteurs plus ou moins pr\u00e9serv\u00e9s, mais l\u2019entreprise se r\u00e9v\u00e8le souvent ardue. C\u2019est tout l\u2019int\u00e9r\u00eat du site d\u2019Ulpiana au Kosovo, pour les si\u00e8cles de transition entre Antiquit\u00e9 et Moyen Age.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le projet<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre projet porte sur <strong>l\u2019\u00e9volution des espaces publics et de la topographie religieuse de la cit\u00e9 d\u2019Ulpiana en Dardanie au cours de l\u2019Antiquit\u00e9 tardive<\/strong>. Il porte une attention particuli\u00e8re \u00e0 la fin des temples et \u00e0 l\u2019apparition des \u00e9glises dans le tissu urbain de la cit\u00e9. &#8211; Il se concentre sur le cas d\u2019une \u00e9glise situ\u00e9e \u00e0 une centaine de m\u00e8tres au sud de la porte septentrionale du municipe de Trajan et le long du cardo maximus. Cette derni\u00e8re a trouv\u00e9 place dans l\u2019angle sud-est du portique d\u2019un temple abandonn\u00e9. Elle finit par recevoir une enceinte \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 le tissu urbain subit de profondes transformations et o\u00f9 appara\u00eet un nouveau centre urbain \u00e0 peine \u00e0 1 km \u00e0 l\u2019est de l\u2019emplacement de l\u2019ancien chef-lieu de l\u2019Ulpiana du Haut-Empire. &#8211; Etablir une chronologie pr\u00e9cise de ces diff\u00e9rentes phases est un enjeu important pour comprendre le poids respectif des facteurs naturels, militaires, politiques et religieux d\u2019une cit\u00e9 illyrienne dans l\u2019Antiquit\u00e9 tardive. &#8211; Notre projet a aussi un autre objectif, qui n\u2019est pas sans importance pour notre connaissance de l\u2019urbanisme de l\u2019Illyrie durant l\u2019Antiquit\u00e9 tardive, pour sa dynamique \u00e9conomique et plus largement pour l\u2019avenir de l\u2019arch\u00e9ologie au Kosovo : <strong>l\u2019\u00e9tude des faci\u00e8s c\u00e9ramiques<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Les m\u00e9thodes d\u2019investigation<\/h2>\n\n\n\n<p>Notre recherche est de nature plurisdiciplinaire, puisqu\u2019elle a recours, de fa\u00e7on raisonn\u00e9e, aux derni\u00e8res m\u00e9thodes arch\u00e9om\u00e9triques (chimiques, pal\u00e9obotaniques, etc.), aux relev\u00e9s appliquant les derni\u00e8re techniques (photogramm\u00e9tiques, 3D, SIG, base de donn\u00e9es en ligne), tout en appliquant une d\u00e9marche stratigraphique la plus fine possible. Elle combine cette approche par le recours aux derni\u00e8res m\u00e9thodes g\u00e9ophysiques (ARP, radar), pour replacer nos travaux dans le cadre plus large de <strong>l\u2019\u00e9tude de la totalit\u00e9 de tissu urbain des deux agglom\u00e9rations qui se sont succ\u00e9d\u00e9es sur le site du IIe au VIIe si\u00e8cle<\/strong>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Porteurs du projet : Christophe J. 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